Penser et écrire d'ici les mémoires d'ailleurs...


J'aimerais parler de l'écriture qui migre ou du migrant qui écrit. De ce voyageur qui n'a jamais été ailleurs, de celui là qui a toujours été ici. Celui qui est parti sans vraiment partir.

Je réfléchis désormais à la possibilité de procéder à la "récupération de soi dans l'exil" telle expliquée par Nadia Yala Kisukidi (les ateliers de la pensée 2017,p.51) afin de pouvoir rester fidèle à la culture source qui fonde et détermine la pensée des penseurs d'ailleurs.

Je cite Kateb Yacine qui reconnaît que "la mémoire n'a pas de succession chronologique" (Le Polygone étoilé). Cet écrivain de la mémoire qui fut dans une sorte de récupération du passé. De sa langue, le souvenir des langages de son passé, son enfance, sa rencontre avec les lettres.

Je réfléchis donc désormais au rapport existant entre l'écriture, l'écrivain et l'exil. Ce rapport entre ce qui est vécu et ce qui est dit, écrit ou ressenti. J'ai donc davantage compris le sens de l'expression. Je l'avais d'ailleurs déjà compris lorsque Mariem Derwich affirma que "sans le mot, l'écriture ou la parole, l'exil ne serait que douleur vaine, interrogations douloureuses" (Littérature et exil).

Je souris et valide car l'exil du corps et l'exil du cœur sont ici poétiquement expliqués par cette dame également originaire du pays au million de poètes. Cette dame qui écrit ses identités.

J'ai donc décidé de ne pas souffrir. En écrivant, mes interrogations deviennent infiniment légitimes, souvent intimes car mon exil n'est qu'intérieur. Je ne ressens plus aucune douleur car je parle et j'écris.

Parlons de tout ça sans préjuger car beaucoup parmi ceux qui ne sont pas concernés par ce sentiment double jugent sans questionner.

Je dis cela car si "les morts ne sont pas morts" ceux qui vivent encore mais qui sont partis ne sont donc pas vraiment partis.

Partons plutôt de la réflexion à la création d'un "nouvel être cosmopolite" comme pour défendre l'idée d'un nouveau type d'africains. Ceux qui ont des pensées d'ici et une mémoire d'ailleurs. Ceux contre qui l'on reproche d'être ce qu'ils sont parce que loin. Ceux qui, malgré tout, restent ce qu'ils sont et le revendiquent. Ceux qui continuent d'aimer leurs "ailleurs" mais qui continuent de penser à travers ce qu'ils perçoivent de mieux de leurs "ici" . Ceux qui pourtant comprennent avec l'intelligence du cœur "...le regard de convoitise solaire qu'echangent les danseurs" qu'évoquait Suzanne Césaire.

Les pensées d'ici ne sont pas opposées aux mémoires d'ailleurs. D'ailleurs, pensées et mémoires ne sont pas vraiment dissociables. L'une se nourrit de l'autre comme pour rester vive dans l'esprit de l'écrivain loin de sa terre natale et vice versa.

La volonté de contribuer à la construction d'"une identité afropolitaine". Voilà ce qui, désormais, m'anime. Se penser et s'écrire pour panser les nombreuses blessures du passé de l'Afrique mère, territoire originel. Se penser et se souvenir, car L'Oubli Volontaire n'était pas un appel à l'oubli mais à la prise de conscience.


Mohamed Lam






Date de publication: 21/04/2020

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